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Histoire du centre de Saclay

17/07/2012
Le centre CEA de Saclay depuis 1952 : les débuts
 

Le « Centre d’études nucléaires de Saclay», comme on l’appelait à l’origine, a 60 ans en 2012. Il a été associé dès ses débuts à une ambition nationale voulue par Charles de Gaulle et une poignée de savants et hauts fonctionnaires visionnaires. Il fut pendant ses premières années le principal acteur de l’aventure industrielle et scientifique du Commissariat à l’Energie Atomique, dans un contexte politique marqué par la bipolarisation politique et la guerre froide. Il est resté le plus grand centre d’études du CEA, et le plus divers.

Nous sommes en 1945 et la guerre est à peine terminée. La France, exsangue d’avoir été le théâtre des combats, doit reconstruire. Elle tire l’essentiel de son électricité du charbon, que les gueules noires extraient dans des conditions difficiles de mines qui seront bientôt épuisées, et de ses barrages. Sa recherche a été gelée par la guerre et elle est encore tenue à l’écart des recherches nucléaires par les Anglo-saxons, alors que la division du monde en deux blocs se prépare, prémisse de la guerre froide.
Vue aérienne de Saclay en 1952  
   

Mais les compétences ne manquent pas. La physique de l’atome avait été bouleversée par trois fois en cinquante ans, avec de notables contributions de savants français.

Première étape, dans les cinq dernières années du 19ème siècle, découverte des rayons X, de la radioactivité, de l’électron et de la radioactivité naturelle par Röntgen, Becquerel, Thomson et les époux Curie.

  En 1946, Irène et Frédéric Joliot Curie entourés des pionniers du CEA : P. Auger, F. Perrin, L. Kowarski et en haut, B. Goldchmidt, P. Bicquart, L. denivelle et J. Langevin

La matière n’était plus immuable et la physique classique, fondée sur la conservation de la masse et de l’énergie, était remise en cause. Puis Max Planck et Albert Einstein, entre 1903 et 1905, jettent les bases d’une nouvelle physique, celle de la mécanique quantique et de la relativité, qui sera étendue par de Broglie aux particules matérielles.

Troisième coup de boutoir entre 1932 et 1935 : Chadwick découvre le neutron, F. et I. Joliot-Curie la radioactivité artificielle, et Noddach et Szillard inventent le concept de réaction en chaîne. Enfin en 1939 F. Joliot-Curie, H. Halban et L. Kowarski démontrent expérimentalement que la fission d’un noyau d’uranium 235 s’accompagne de l’émission de trois neutrons : une réaction en chaîne est possible. L’énergie nucléaire est née.

Pendant les périodes troublées de la guerre des scientifiques français montrent qu’ils sont aussi des citoyens en mettant à l’abri leur savoir et les matériaux utiles à leurs expériences, uranium katangais et eau lourde norvégienne. Restés au pays comme Joliot-Curie ou émigrés en Amérique du nord comme Kowarski, Auger, Goldschmidt, Halban, ils seront à l’origine du renouveau des sciences nucléaires en France, dès la guerre terminée.

   
L’an un de la refondation est peut-être le 11 juillet 1944 : ce jour là, dans une arrière salle du consulat d’Ottawa, Guéron, Auger et Goldschmidt informent le général de Gaulle du programme nucléaire américain et des perspectives ouvertes par la fission. Le 18 octobre 1945 il crée le Commissariat à l’Energie Atomique. Son statut, très particulier, est concocté par Raoul Dautry et va marquer son action : le CEA est « très près du gouvernement et pour ainsi dire mêlé à lui et cependant doté d’une grande liberté d’action ».

Le bâtiment en H à la fin des années 50

   

Le chateau d'eau conçu par Auguste Perret en 1949

Ces caractéristiques permettront un développement très rapide du commissariat, malgré les pénuries, une industrie dévastée et la difficulté d’accéder à des matières et matériels sous embargo. Le comité à l’énergie atomique, organe suprême du CEA, décide dès les premiers jours avec Raoul Dautry, administrateur général, et Frédéric Joliot-Curie, haut-commissaire, la création d’un grand centre de recherche nucléaire. Ce sera Saclay. Mais il y a urgence et, pragmatiques, les dirigeants du CEA décident de monter les premiers laboratoires dans le fort désaffecté de Châtillon, à Fontenay-aux-Roses.
   

Fontenay-aux-Roses sera le royaume du bricolage et de l’imagination. Il faut faire vite et se satisfaire de casemates sombres et humides, de hangars agricoles, et de beaucoup de matériel de récupération. Mais la foi et l’imagination d’une poignée de scientifiques sont tels que les bons compromis, les idées simples, seront trouvés. Avec un combustible rustique, fabriqué sur place, et une « pile atomique », ZOE, imaginée par Goldschmidt et habilement dimensionnée par Kowarski, la première divergence est observée dès le 12 décembre 1948. Un réservoir humain formidable va se constituer auprès de ZOE et des laboratoires de Fontenay-aux-Roses jusqu’à la mise en service de Saclay en 1952.

Saclay sera une autre aventure. Sur une terre à blé ouverte à tous vents acquise en 1947 après bien des débats locaux, c’est une aventure industrielle qui s’engage. Il ne s’agit plus d’un bricolage mais d’un projet d’envergure, conçu pour durer. A mi-chemin entre le campus de Berkeley et les phalanstères des utopistes, le centre d’études nucléaires de Saclay, avec ses logements de la vallée, sera un haut lieu de travail et d’invention collectifs. Son cadre de vie, entre la Bièvre et l’Yvette, et la proximité des universités et écoles parisiennes, du CNRS récemment créé, semblent particulièrement adaptés à Frédéric Joliot-Curie qui aimait se promener sur le plateau avec Irène. Saclay va bénéficier des acquis et de l’imagination des gens de Fontenay. On sait ce qu’on veut y étudier, on veut tout étudier, et la polyvalence sera, et reste encore aujourd’hui, sa marque de fabrique. Force est de constater que l’étendue des possibilités ouvertes par les sciences et techniques nucléaires était déjà pleinement perçue par cette communauté scientifique.

Le parti architectural d’Auguste Perret va intégrer l’ambition du projet et la variété voulue des recherches. Il ordonne les bâtiments selon un plan rectangulaire laissant la place aux extensions futures, crée des points de rencontre et ouvre des ateliers lumineux et des laboratoires versatiles. En deux ou trois ans toutes les disciplines foisonneront, physique et chimie nucléaire, biologie, médecine, technologie, et seront intimement mêlées : « nous ne pouvons nous payer deux outils, théorie et pratique ont besoin des mêmes hommes et mêmes outils »(R. Dautry). Pour sa part F. Perrin estimait que « les recherches sont indispensables au développement des programmes industriels futurs » et, dès 1952, une direction industrielle est crée sous l’impulsion de P. Guillaumat.
  Construction de la pile EL3 qui divergea en 1957
Création du CEA en 1945
Le 17 mars 1961
Le général De Gaule en visite à Saclay, acceuilli par Jean Debiesse, Directeur du centre de 1954 à 1970
Les Directeurs du centre de Saclay
  • Jacques Vayron depuis le 19 mars 2012
  • Yves Caristan, 1er mai 2005 - 19 mars 2012
  • Jean-Pierre Pervès, 15 mars 2000 - 30 avril 2005
  • Eliane Loquet, 1er novembre 1993 - 14 mars 2000
  • Jean Bazin, 13 novembre 1990 - 31 octobre 1993
  • Paul Delpeyroux, 16 septembre 1988 - 12 novembre 1990
  • Philippe Sachnine, 17 décembre 1984 - 15 septembre 1988
  • Paul Mirat, 28 mars 1983 - 16 décembre 1984
  • Claude Chauvez, 1er octobre 1978 - 27 mars 1983
  • Emmanuel Grison, 11 août 1975 - 30 septembre 1978
  • Paul Bonnet, 22 février 1971 - 10 août 1975
  • Jean Debiesse, 1er mars 1954 - 21 février 1971
  • Jules Guéron, 14 juillet 1951 - 28 février 1954
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