b1
   ENGLISH
 Contacts  
 Accès
 RSS

Plateau de Saclay : bon plan pour un campus

Le projet de campus de Saclay mobilise vingt-trois partenaires qui se sont engagés à apporter des réponses scientifiques et entrepreneuriales à de grands enjeux de société et au besoin de compétitivité de notre économie. Ce dossier donne la parole à trois de ses acteurs clés.

UN PROJET À FAIRE VIVRE ENSEMBLE

Une stratégie partagée par tous les partenaires, une mobilisation des pouvoirs publics sans précédent, un intérêt perceptible des entreprises : les contours du campus de Saclay se dessinent peu à peu. Ce dossier vous présente les lignes de force de ce projet, qui a été exposé à la ministre de la Recherche et de l’Enseignement supérieur en février dernier, et a été approuvé par le comité d’évaluation. Il évoque en particulier ce qui concerne le CEA. Les partenaires se sont attachés à traduire dans le concret une ambition pédagogique, scientifique et académique en tenant compte de paramètres multiples et complexes : les besoins de financement, les contraintes spatiales, l'impérieuse nécessité de respecter notre environnement, d'insérer le campus dans son territoire, de l'ouvrir à ses habitants. Le projet de campus, en cohérence avec les études menées par les collectivités territoriales (Communauté d’agglomération du Plateau de Saclay et Conseil général de l’Essonne) s’insère dans celui de la constitution du « cluster scientifique et technologique sur le Plateau de Saclay », piloté par le Secrétariat d’État chargé du développement de la région capitale. Alors même que le volet transports ne relève pas du champ de compétence des vingt-trois partenaires du Plan campus, nous avons placé cette question au coeur de notre réflexion.

Ce projet, nous devons le construire avec vous qui habitez dans les communes voisines de Saclay. Ensemble, nous le ferons vivre !

Interview réalisée par Sophie astorg pour le joournal de Saclay n°45

Journal de Saclay : Sur le plan scientifique, quelle est la place du centre CEA de Saclay dans le campus ?

Yves Caristan : Le centre CEA est très actif au sein du campus du fait de la variété des thématiques sur lesquelles nous travaillons. Celles-ci couvrent six des douze thèmes du campus : la physique, les sciences de la vie, le climat et l’environnement, les énergies bas carbone, les nanosciences et nanotechnologies, les logiciels et les systèmes complexes, auxquels s’ajoutent les relations entre science et société. Sur l’ensemble de ces thèmes, on trouve au CEA des équipes de tout premier niveau. La présence du centre CEA est également forte du fait de son emprise territoriale qui occupe l’extrémité ouest du campus. Le CEA est aujourd’hui représenté au bureau de la Fondation de coopération scientifique, aux côtés de cinq autres établissements. Trois ans de travail collectif avec les responsables des établissements du Plateau ont permis d’établir des relations de confiance entre les différents acteurs. Ce travail nous a notamment permis de mieux répondre à l’appel d’offres de l’Institut européen de technologie concernant une « communauté de la connaissance et de l’innovation », l’une sur les technologies numériques et l’autre sur le climat et l’environnement. Il nous a également rapprochés de pôles de compétitivité tels que Moveo et Advancity.

Le plateau de Saclay et la vallée d’Orsay sont des lieuxhistoriques de la physique française. Plus de 2 000 chercheurs permanents, autant d’ingénieurs et de techniciens et un millier de doctorants et post-doctorants s'y consacrent, soit 20 % del’effectif national. L’enjeu est d’amplifier les synergies entre les acteurs. Sur la photo, plate-forme européenne dédiée à l’interaction laser matière où le CEA développe ses propres recherches et accueille des équipes étrangères.





JdS : Quels sont les principaux projets du CEA dans le cadre du campus ?

Yves Caristan : Le CEA est impliqué dans plusieurs projets du campus : Nano-INNOV pour les nanosciences, à l’ouest de l’École polytechnique; le Pôle climat énergie environnement (PCEE), à l’Orme des merisiers ; Digiteo, réparti sur trois sites ; DOSEO, sur le centre CEA. Le CEA sera maître d’oeuvre des bâtiments hébergeant Nano-INNOV, qui pourraient être livrés dès 2011 ou 2012. Plusieurs directions du CEA participent à ce regroupement inédit en matière de nanosciences et nanotechnologies, qui pourrait atteindre à terme 600 ou 700 personnes. Créé à l’initiative du CEA, le PCEE devrait disposer d’un bâtiment emblématique à l’Orme des merisiers. Ce bâtiment permettrait le regroupement des équipes de climatologues du LSCE, aujourd’hui dispersées sur deux sites, l’Orme des merisiers et Gif-sur-Yvette. Ce bâtiment abriterait également deux structures communes au CEA et au CNRS : la Maison de la simulation, qui a vocation à promouvoir le calcul intensif sur les machines pétaflopiques et la Maison de la physique des deux infinis, destinée à recueillir les données de grandes expériences d’astrophysique, de physique des particules ou de physique nucléaire. Digiteo est un réseau thématique de recherche avancée consacré à la conception et au développement des systèmes à forte composante logicielle. DOSEO, enfin, est une plate-forme de développement des technologies de radiothérapie ouverte sur le monde hospitalier, au sud du centre.

Les recherches sur l’énergie nucléaire s’inscrivent dans le programme de développement des énergies à faible émission de carbone. Sur la photo, le réacteur nucléaire expérimental Osiris, au centre CEA de Saclay, consacré à la recherche électronucléaire.

JdS : L’évolution des transports ou les problématiques liées au logement et à la vie étudiante constituent des défis majeurs. Qu’est-ce que le CEA peut apporter au campus ?

Yves Caristan : La réflexion autour du Plan campus nous a amenés à réviser certaines options patrimoniales du centre, notamment à reconsidérer la place du site de l’Orme des merisiers et à envisager de déplacer l’entrée principale située actuellement au nord, sur la D36, de manière à ouvrir le centre sur le campus, à l’est, sur la N 306.

Nous avons, par ailleurs, choisi de rénover le chauffage de l’Orme des merisiers en reliant cette annexe à la chaufferie située sur le site principal. La canalisation est installée et pourra également desservir d’autres bâtiments du campus. Autre exemple : les conclusions de notre Plan de déplacements entreprise ont permis d’aller plus loin dans les discussions avec le STIF, en cohérence avec la CAPS et la Fondation.

En ce qui concerne l’accueil des étudiants et chercheurs étrangers, il faut fédérer et renforcer les initiatives existantes des associations, des établissements et des communes. Il faut faciliter l’ensemble des démarches des nouveaux arrivants (visa, logement, cours de français, etc.). Ce qui a été réussi à Cadarache pour ITER peut l’être aussi sur le Plateau de Saclay ! L’amélioration de la qualité de cet accueil ne pourra que jouer positivement sur l’image du campus à l’international.

JdS : Qu’est-ce que le campus peut apporter au CEA ?

Yves Caristan : Outre l’ouverture sur l’Europe déjà évoquée, la proximité d’un vivier d’étudiants de haut niveau sera un atout précieux pour recruter nos futurs chercheurs. Dans dix ans, le campus de Saclay sera emblématique de la science du 21ème siècle et le CEA saura profiter de la fertilisation des esprits qui en résultera.

Les sciences de l’ingénierie visent à développer des modèles d’intégration avec une dimension « système ». L’arrivée de nouveaux établissements va porter le nombre de diplômés à 6 000 par an et les effectifs à plusieurs milliers de chercheurs. L’ensemble est positionné sur trois axes : matériaux, systèmes mécaniques et énergétiques ; sciences des systèmes ; ingénierie du vivant. Sur la photo, la salle de réalité virtuelle du centre de robotique MINES ParisTech.

JdS : Quelle est votre vision du campus dans quelques années ?

Yves Caristan : Une des missions du campus est le développement de l’innovation. Je pense que cet objectif sera atteint. Dans cinq ans, il n’y aura que 20 à 25 campus à forte visibilité internationale. Quand on revient d’Asie, on est à la fois « assommé » par la rapidité de l’évolution des centres de recherche et en même temps « gonflé à bloc » parce qu’on sent que le campus de Saclay a de solides atouts dans cette compétition mondialisée. La nécessité de réussir ici est ressentie par tous, collectivités, État et établissements.

De leur côté, les entreprises veulent être au contact des équipes de R&D. Pour être créatives, il leur faut capter les idées émergentes, au-delà du strict concept technique, en quelque sorte humer l’air du temps. Ce seront sans doute des dialogues, peut-être des polémiques, des réflexions qui déclencheront la fructification économique des idées nouvelles. Ce qu’il faudra résolument réussir, c’est l’animation scientifique interdisciplinaire : faire jaillir ces étincelles qui font progresser la connaissance par grands bonds !



LE PLAN CAMPUS EN BREF

Soixante-six projets de campus, au plan national, ont été examinés par un comité de sélection composé de huit personnalités indépendantes. Ils ont été évalués selon quatre critères principaux : l'ambition scientifique et pédagogique du projet, l'urgence de la situation immobilière, le développement de la vie de campus, l'insertion du projet dans un tissu régional socio-économique et son caractère structurant et dynamisant pour un territoire. Le respect de l’environnement, l'accessibilité pour les handicapés et l'intégration de nouvelles technologies ont également été pris en compte. Une enveloppe de cinq milliards d’euros a été réservée pour accompagner la montée en puissance des campus français les plus prometteurs. Douze projets ont été labellisés en 2008 en trois vagues, mai, juillet et décembre. Le projet du Plateau de Saclay a été retenu en juillet 2008. Le CEA fait aussi partie des porteurs des projets de Grenoble et Montpellier, qui ont été sélectionnés. Par ailleurs, il est présent dans les projets d’Aix-Marseille et de Bordeaux par l’intermédiaire des pôles de compétitivité, respectivement Capenergies et Route des lasers.

Pour en savoir plus sur le campus de Saclay

REPÈRES
  • MARS 2006 / Création d’une mission de préfiguration de l’Opération d’intérêt national ciblant le sud de l’Île-de-France.
  • JANVIER 2008 / Annonce du Plan campus par Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
  • JUILLET 2008 / Sélection du dossier du Plateau de Saclay par le jury du Plan campus.
  • NOVEMBRE 2008 / Décision de l’Université Paris-Sud 11 de déménager sur le Plateau de Saclay.
  • FÉVRIER 2009 / Validation définitive du projet de campus de Saclay.
  • MARS 2009 / Création de l’Opération d’intérêt national pour le Plateau de Saclay.
  • MARS 2009 / Accord de consortium entre les vingt-trois partenaires du campus.
  • AVRIL 2009 / Discours présidentiel sur le Grand Paris à la Cité de l’architecture, à Paris, et annonce du soutien de l’État pour le campus de Saclay.
  • OCTOBRE 2009 / Planification du projet sur l’ensemble du site.
LES VINGT-TROIS PARTENAIRES

AgroParisTech / CEA / CNRS / École centrale de Paris / École polytechnique / ENSAE ParisTech (École nationale de la statistique et de l’administration économique) / École normale supérieure de Cachan / ENSTA ParisTech (École nationale supérieure des techniques avancées) / Fondation de coopération scientifique Digiteo et Triangle de la physique / HEC (École des hautes études commerciales) / IHES (Institut des hautes études scientifiques) / INRA (Institut national de la recherche agronomique) / INRIA (Institut national de recherche en informatique et automatique) / Institut TELECOM / IOGS (Institut d’optique Graduate School) / MINES ParisTech / ONERA (Office national d’études et recherches aérospatiales) / ParisTech* / Supélec / SYSTEM@TIC PARIS-RÉGION / Université Paris-sud 11 / Université Versailles Saint-Quentinen-Yvelines / UniverSud Paris*.


*Pôles de Recherche et d’enseignement supérieur associés.

Yves Caristan

Ancien élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, titulaire d’un doctorat en sciences de la terre, d’un PhD en géophysique et d’un doctorat d’État en physique, Yves Caristan est entré au CEA en 1981. Il est directeur des Sciences de la matière du CEA et directeur du centre CEA de Saclay. Il a également été directeur général du Bureau de recherches géologiques et minières.